|
|
|
Les riverains d’Auteuil ont déjà gagné. Avant même le résultat du procès qu’ils ont intenté, le grand chapiteau des antiquaires a dû quitter les lieux. Seuls les chevaux sont autorisés. Adieu petites commodes à 30000 euros. Bye bye collectionneurs fortunés et amateurs passionnés. Dans l’hippodrome d’Auteuil, à quelques encablures du boulevard Suchet, seuls les chevaux ont désormais l’autorisation de s’ébrouer. Pour sa prochaine édition du 5 au 14novembre, le Salon des Antiquaires d’Auteuil quittera son site historique pour rejoindre Longchamp. L’événement qui se tenait deux fois par an depuis 12 ans, sur le virage nord du champ de courses de l’hippodrome d’Auteuil, est expulsé du calendrier . Responsables? Des riverains qui ne veulent rien transiger sur la quiétude. Mais aussi la nouvelle politique environnementale de la Mairie de Paris sur le Bois de Boulogne. Et enfin: un concessionnaire de l’hippodrome, France Galop, très prudent en l’attente du renouvellement de sa convention d’occupation. On se demande quelle mouche a piqué les habitants du 16e arrondissement pour s’attaquer à une manifestation plutôt paisible dont ils étaient les visiteurs naturels. Caroline Margeridon, l’organisatrice du Salon, regrette «ses petites dames du 16e qui se rendaient en voisines à la manifestation». Pour les acheminer jusqu’à Longchamp, l’organisatrice est obligée de prévoir des navettes depuis la porte d’Auteuil, faute de transport en commun direct. En fait, les riverains n’avaient rien contre le Salon des Antiquaires. Mais la tente qui abritait la manifestation les exaspérait. Un grand chapiteau rectangulaire de 150mètres de long, de 8000 m2, tutoyant en hauteur le troisième étage des petits immeubles de l’avenue du Maréchal-Franchet-d’Espérey. Cette installation, à l’origine provisoire, avait au fil des années gagné en emprise au sol et en durée. Pour rentabiliser les coûts de montage, avant et après le Salon, la construction accueillait de nombreux événements : Country show, défilés de couture Dior, lancement de voitures. L’entreprise Bernard Jaulin, simple fournisseur de l’hippodrome mais bien implantée sur le marché de l’événementiel, mettait en contact ses clients avec France Galop afin d’enchaîner les locations… Le provisoire devenait permanent.  | <script> </script> | Après la tempête de 1999, date où la tente avait été renforcée, la structure restait installée plus de six mois par an. L’un des riverains comptera même une période de seize mois sans aucun démontage. La pelouse du virage a fait place à un socle dûment bitumé. Premier problème pour les plaignants: la vue. Les immeubles de quatre étages longeant l’allée des Fortifications, souvent recouverts de terrasses arborées, perdent une de leurs deux perspectives verdoyantes sur le bois. Deuxième problème: le va-et-vient des voitures. Il pertube la tranquillité des larges contre-allées où grilles et rideaux de bambous défendent l’intimité des rez-de chaussée surélevés. Troisième souci : le bruit. Le gros des manifestations a lieu durant la journée mais de puissantes chaudières à fioul ronflent jour et nuit. Et puis il y a eu la manifestation de trop, celle qui a donné naissance à l’Association des riverains du Bois de Boulogne. Rejointe par une deuxième, plus ancienne, elle décide alors d’assigner en justice France Galop, concessionnaire de l’hippodrome, et Bernard Jaulin, l’installateur de la tente. Le trop? C’est une soirée Canal+, du 30novembre 2001, qui dura jusqu’à 5heures du matin dans «une hystérie assourdissante de techno» d’après les riverains. La soirée sonnera le glas des ambitions de France Galop pour rentabiliser son terrain. Depuis 1994, la tente avait déjà énervé d’autres associations de quartier, moins virulentes. Premières suggestions: un déplacement de la tente côté porte d’Auteuil, une zone plus dense que la porte de Passy. On discute d’une toile verte pour une meilleure harmonie avec le bois. Sans aboutir. L’Association des riverains du Bois de Boulogne, animée par une petite poignée de personnes résidant face à la tente, préfère le tribunal. Soutenue par une plus large majorité excédée par la circulation dans l’allée des Fortifications, la prostitution, l’échangisme, les routiers qui trouvent là un coin sympa pour passer la nuit. «La volonté de ne pas laisser le quartier se transformer en Luna-park», comme l’explique Lionel Lemaire, son président. Ils obtiendront d’ailleurs le tronçonnement des routes longeant le bois et la mise en place d’un stationnement payant. Cette offensive antisalons est conçue comme «un coup de semonce pour conserver en l’état cette zone végétalisée et éviter urbanisation et activités anarchiques». Les riverains, privilégiés ou pas, ont des arguments solides au regard du droit de l’urbanisme. La tente, par son encombrement et sa durée d’installation, est assimilable à une construction, et à ce titre n’est pas exemptée de permis de construire. Or elle n’en a pas. Les seules autorisations que France Galop sollicitait pour ces manifestations étaient adressées à la préfecture de Paris. Et Yves Contassot, adjoint Vert de Delanoë, affirme que l’hippodrome n’a jamais demandé son avis à la Mairie de Paris. Etrange. Car si l’avis n’était pas demandé et donc n’avait pas à être accordé, cela n’empêchait pas la mairie de toucher, comme l’audience du 8juillet 2004 le confirmera, d’abord 20% puis 30% de redevance sur les recettes de la location. Les plaignants font valoir que l’emplacement est une zone ND, c’est-à-dire quasiment inconstructible. Enfin, le Bois de Boulogne est un site naturel classé. Seul le ministre de l’Environnement peut autoriser des aménagements. Le jugement est attendu pour le 10septembre. Depuis le litige, France Galop a cessé toute manifestation. Louis Romanet, son directeur, assure «que la société se conformera désormais à l’avis de la mairie et à ses suggestions pour toutes diversifications». Et à la mairie, le vent a tourné concernant le Bois de Boulogne. La charte du Bois, signée par Paris et les communes riveraines en novembre2003, promeut la réduction de la circulation automobile, le déploiement d’activités culturelles et sportives accessibles au plus grand nombre, et la cessation des manifestations commerciales. Depuis cette année, tous les «centres d’essais événementiels» des constructeurs automobiles qui faisaient les choux gras des restaurants comme le Pré Catelan ou la Grande Cascade ont été interdits. Ce procès, qui a forcé la mairie à réagir, prive l’hippodrome d’une activité et d’un revenu complémentaire de 500000 e par an. Pour Yves Contassot, «si certains hippodromes ont des problèmes de rentabilité, il ne faut pas se poser la question de leur diversification mais de leur maintien. L’hippodrome d’Auteuil n’a pas de sens si on tient compte du faible nombre de réunions par an (40) et de son emprise au sol». France Galop fait le gros dos et joue la montre sur Auteuil en espérant obtenir des compensations sur la convention de Longchamp. Les riverains n’excluent pas «d’avoir accéléré un phénomène qui les dépasse». Qui sait ce que deviendra le terrain une fois libéré? En tout cas, rien de définitif ne peut être engagé avant la décision sur les JO de 2012. Répertorié comme site olympique, Auteuil ne peut être reconverti avant. «Ce serait absurde de fermer l’hippodrome, de le réaménager, pour avoir à réinstaller des installations provisoires pour les JO», explique Contassot. En revanche, si les Jeux échappent à Paris, rien ne justifie plus d’ajourner une réflexion pour reconvertir le lieu. Mais en quoi? Un espace pour des raves? Un camp pour les gens du voyage, qui manque cruellement à Paris? Anne-Sophie Bellaiche |
| |
|
|
|